Mardi 30 juin 2015

17:00

 
Avant de commencer cet article, sachez qu'il a été pour moi très compliqué à écrire. Cela fait plus d'un an que j'ai le blog, et six mois que je me demande si je dois ou non partager avec vous un des pires jours de ma vie. Je devais à la base vous le poster le 11 décembre, mais je profitais à chaque fois du fait que j'avais d'autres articles à vous poster, sur des sujets bien plus légers pour reporter sa publication. Encore la semaine dernière, je me demandais si j'allais vous le sortir ou pas. Parce que ce n'est jamais facile pour moi d'en parler, encore moins de vous l'écrire, mais il est temps. Il est temps de vous parler du jour où j'ai failli perdre mon papa dans un accident de voiture et des douloureux moments qui ont suivis. Il est temps de vous parler de ce jour qui à fait de moi la personne que je suis aujourd'hui avec sa maturité mais aussi sa fragilité.

Les personnes qui me lisent et qui empruntent l'A13 reliant Paris à la normandie doivent se rappeler de cette journée. Ce jour là, pendant près de six heures, l'autoroute à été bouchée dans les deux sens. J'en ai lu des choses sur cette journée là. Homme de 48 ans, désincarcération, blessures graves, douleurs au ventre, héliporté vers la Pitié-Salpêtrière, des badaux qui filment la scène.. Cet homme là c’était mon papa. Mais à l'heure où les bouchons se forment et où les petits articles parfois erronés  s'écrivent, moi je ne sais rien. Moi je suis au travail et je passe une bonne journée avec mes collègues. Je fini à 15h45. Le soir il est prévu que je mange avec mon chéri et ma meilleure amie à la maison. 

Je suis en train de rire quand en plein milieu du repas, mon téléphone sonne, c'est maman. C'est le coup de fil que je n'aurais jamais pensé recevoir. Je décroche d'une voix enjouée. A l'autre bout du fil, maman, elle n'est pas dans le même état d'esprit que moi. Depuis des heures elle vit dans l'angoisse et moi je ne le sais pas. Elle a repoussé au maximum le moment de m'appeler, parce qu'elle à dû s’informer et prévenir ma grand-mère avant moi, parce que je suis loin, parce qu'elle sait que je vais avoir des questions auxquelles elle n'aura pas forcément de réponses, que je vais passer ma soirée à la harceler de coups de téléphones et de SMS, que je vais juste être malade de ne pas être près d'elle, de ne pas pouvoir appeler mon père. Et là elle m'annonce ce qu'il s'est passé et mon cœur se met à faire des bons. Antoine et ma meilleure amie n'y comprennent rien jusqu'à ce que je fonde en larmes. Maman m'explique que l'accident à été violent mais que papa qui conduisait la Mercedes a été sauvé par le gabarit de la bagnole. Il a fait un malaise au volant et est rentré dans un camion de la SAPN. Il a dû être désincarcéré et héliporté vers Paris. Un bras et deux jambes de cassés, et fort heureusement pas d'autres blessures à déplorer. Je souffle un peu. Et j'enchaîne avec une tonne de questions auxquelles elle essaye de répondre. Pas moyen pour elle. J'ai envie de venir la retrouver, elle me dit que cela ne servirait à rien et qu'elle ne verrait papa que le lendemain, qu'elle me le passerait au téléphone. Elle continue de me rassurer comme elle peut puis on raccroche.

Et je panique, je ne sais pas quoi faire. Je préviens ma chef, mes collègues et puis je prend la décision de partir le vendredi matin avec Antoine. Ma meilleure amie prévient les potes, et ils se retrouvent tous devant chez moi à me réconforter avant d'aller au cinéma. Je vais prendre une douche et j'essaye de penser à autre chose. J'appelle mon frère, qui lui ne prend pas les choses comme moi, mais je sais ce qu'il en est pour lui. Après cela, je me couche, incapable de dormir. J'ai été travailler les deux jours suivants au grand étonnement de ma chef. Mais qu'est ce que j'aurai fait chez moi à part tourner en rond ?

Le vendredi, à notre arrivée chez mes parents au bout de trois heures de route qui m'ont paru durer des jours, je tombe dans les bras de ma maman et de ma grand-mère, soulagée de les voir, anéantie de ce qui nous est arrivé et surtout anxieuse à l'idée de voir mon père l'après-midi même. Maman ne peut pas venir avec nous alors elle nous dépose à la gare. Il fait une chaleur à crever. Nous passons de la voiture au TER et du TER au métro. Mon ventre se noue et ma gorge se sert à mesure que l'on approche de l'arrêt Saint-Marcel. Puis on y'est. La Pitié-Salpêtrière est immense. Je me dis que mon père est là dedans. En passant les contrôles, le vigile à qui je demande mon chemin vers le bâtiment où se trouve mon père me l'indique gentiment et c'est parti. 6ème étage, chambre 601, première chambre à droite, je m'en rappelle. Arrivés devant sa chambre, je jette un œil et je m'écroule dans les bras d'Antoine. Voir son papa sur un lit d'hôpital dans de telles circonstances, croyez-moi que c'est difficile à encaisser et à gérer. Je sèche vite mes larmes, je ne veux pas que papa me voit pleurer, c'est déjà suffisamment compliqué pour lui et en même temps je me concentre parce que je sais que je vais pleurer devant lui. Puis on rentre. J'ai les larmes qui me montent, mais papa me dit que ça va. Il à l'air d'aller bien, et me fait taper ses commandes sur son ordinateur, sacré papa. Nous sommes retournés le voir le lendemain, pour la dernière fois avant trois semaines. 

Il est rentré à la maison le 17 juillet. Impossible de vous expliquer ce que j'ai ressenti lorsque je l'ai vu en fauteuil roulant. Fauteuil qu'il a quitté en septembre. Lorsque j'ai su qu'il était déplâtré j'étais tellement heureuse, la date ayant été reportée à plusieurs reprises parce que les médecins avaient peur que ce ne soit pas encore totalement guérit. Maman me relatait ses progrès au téléphone, me disant qu'il ne marchait pas encore, et qu'il ne pouvait pas encore se mettre debout. Il était prévu que j'y retourne en octobre pour y passer le week-end. Ce que maman m'avait caché jusque là, c'est qu'en fait, papa se mettait debout et marchait depuis le départ. Je m'en rappellerai toujours, papa assis sur sa chaise, moi qui, d'instinct me penche pour lui dire bonjour, et lui qui se lève. Pour la première fois depuis des mois j'ai pleuré de joie. 

Mai 2016 - 50 balais pour papou, 20 pour mon fère 💕
A l'heure où je vous écris cet article, sachez que j'ai encore les larmes aux yeux en repensant à tout cela. Je ne vous ai pas tout dévoilé, parce qu'il y'a eu des moments très durs qui resterons privés. Cette épreuve plutôt que de nous briser, nous à rendus plus forts, et nous nous en sommes relevés, tous autour de mon père, sans jamais le lâcher même quand c'était dur pour lui. J'ai toujours cet accident dans un coin de ma tête et même si parfois j'oublie tout ça, j'oublie que mon papa, à peine la cinquantaine est handicapé depuis presque trois ans, le voir boiter ne fait que me le rappeler. Il ne se plaint jamais, ou alors il faut vraiment qu'il soit fatigué. Alors oui parfois c'est dur, parfois j'y repense. Et chaque 30 juin j'ai du mal. Chaque fois que je suis chez mes parents et que je passe sur le lieu de l'accident j'ai une boule au ventre, même si je n'y fait pas attention, mon cerveau et mon corps le savent. Mon papa ne sera plus jamais le même. Je ne cavalerais plus jamais derrière lui. Mais cet accident m'a offert un nouveau papa, plus câlin, plus blagueur (et qu'est ce qu'il peut se foutre de ma tronche si vous saviez !), plus souriant, plus décontracté. Son caractère lui est toujours là, toujours pareil que le mien. Je reste profondément marquée par cet événement et à 22 ans moi qui me considérais encore comme un petit bébé, j'ai bien été obligée de mûrir et de changer.

Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de dire aux personnes qui vous sont chères que vous les aimez. Moi je suis contente que mon papa soit encore là pour que je puisse me rattraper et continuer de me chamailler avec lui. J'essaye de ne pas penser à ce que ma vie aurait été si l'issue de cet accident avait été différente. Je pense juste au fait que mon papa sera là lorsque je concrétiserai mes nouveaux projets professionnels, je sais qu'il m'accompagnera à l'église lorsque je me marierai et qu'il aura aussi la chance d'être un super papy lorsque j'aurai des enfants. Et ce que j'espère c'est qu'il sera fier de moi, comme moi je suis fière de lui pour le combat qu'il mène au quotidien.

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Marie

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